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A night at the Opera

Du fonctionnement de la fondation

Blue Cove, Delaware.

Il serait peut-être temps que j'explique un peu comment fonctionne Tulay ng Kabataan, ne serait-ce que pour faciliter la compréhension de ce que je raconte.
Il y a deux centres appelé "Drop In" l'un pour les garçons l'autre pour les filles (l'office de la fondation et mon bureau sont au Drop In Boys), c'est là où les enfants sont placés lorsqu'ils sortent de la rue (où qu'ils reviennent après s'être enfuis d'un des centres). Les enfants y sont scolarisés en interne pendant une année scolaire, le temps d'être stabilisés (certains font pas mal d'aller-retour). Ensuite une fois "stabilisé", ils vont dans des "Home" où ils sont logés/nourris et ils vont à l'école à l'extérieur comme tout les autres enfants . Il n'y a qu'un seul home pour les filles. Il y a aussi deux centres pour les enfants spéciaux (handicapés physiques/mentaux) un pour les garçons, un pour les filles. Et enfin il y a un home spécial couplé à une "carpentry" où les garçons apprennent le métier de menuisier, ainsi qu'une "ferme" dans la péninsule de Bataan en dehors de la ville, qui est en train d'être ouverte par un couple de volontaire français.
On rajoute à tout ça 8 centres dans le quartier de Navotas/Smokey Mountain qui fait de la pré-school (l'équivalent de la maternelle, indispensable ici pour la réussite à l'école) couplé à un programme alimentaire (en gros les enfants des bidonvilles viennent à la pré-school et reçoivent en même temps un repas et l'infirmière s'occupe en plus des cas difficiles).
La dernière fois que je suis passé là-bas pour une livraison, l'infirmière à "détourné" mon camion pour emmener une petite fille à l'hopital, elle avait 1 ans et demi et pesait autant qu'un nourisson de 3 mois.
C'est une grosse machine mine de rien avec la plupart des employés qui sont Philippins. D'ailleurs les volontaires et travailleurs sociaux des bidonvilles sont souvent des gens qui vivent eux-mêmes dans les bidonvilles. Nous autres français, on ne gère que l'administratif, le vrai travail auprès des enfants et toujours fait par des Philippins.

 
Premières Big Nights

This is a soul shakedown party…

Si Tulay ng Kabataan était le service médical d'un corp d'armée, on pourrait alors comparer les Drop' In aux postes de premiers secours, les centres aux hopitaux de campagnes, et les Big Nights à… la ligne de front. Parfois il ne s'y passe rien, et parfois l'on assiste plus ou moins impuissant à d'indicibles drames.
Le protocole est toujours le même, à 20h00 on retrouve le Street Educator et la Social Worker pour un court briefing présentant les différents lieux où l'on va se rendre pendant la nuit. On part en cammionnette vers 20h30, à la rencontre des gamins qui traînent dans les rues, et on revient au plus tard vers 1h00.
Mon expérience en la matière est encore maigre, puisque je n'en ai fait que deux. Ma Big Night est celle du lundi, avec Kuya Félix et Ate Lin.
Je dois avouer que la première n'a pas été très palpitante, on a perdu beaucoup de temps pour aller chercher un môme échappé de la fondation avec un autre et qui était rendu à l'autre bout de la ville, pris en charge par la police locale depuis une semaine. J'ai d'ailleurs été surpris par la gentillesse et la tendresse manifeste avec laquelle il à été traité par la "Strike Force" de ce Barangay. Comme quoi les flics philippins ne sont pas tous insensibles et corrompus.  On a fini par convaincre l'enfant, Jason, de rentrer au centre. L'autre "fugitif" était là, mais il avait retrouvé son père, que l'on a vu et qui était doucement bourré et en mode "Je suis pote avec tout le monde, je vous aime tous", et voulait se réconcilier avec lui et rester avec. Espérons que ce dernier arrêtera de cogner son môme… Vu mon niveau de Tagalog, j'ai du me contenter de regarder la décoration des murs pendant un temps indéfinissablement long. Mais bon, c'est comme ça.
Ensuite on est allé du côté de Concepcion, pour suivre le cas de plusieurs enfants. Il y en avait un manifestement nouveau dans le coin, avec une trogne pas possible, une oreille pliée et répondant au nom de Fritz Gerald (je crois). Notre Fritz qui lorsqu'il à levé sa chemise trop grande à réveler un trou béant dans le côté, pas très gros certes (entre 0,5 et 1 cm de diamètre) mais bien béant quand même. C'était à priori le résultat d'un abcès qu'il aurait lui-même tranché. Bien sûr il refusait de se faire emmener à l'hosto, alors Ate Lin lui a nettoyer ça et poser un pansement. Au bout d'un moment, j'ai remarquer qu'il cachait une petite bouteille dans sa manche et que régulièrement en nous parlant, il en sniffait "discrètement" le contenu…
Ensuite on est partie sur un genre de pont/échangeur en construction en dessous duquel des gamins squattaient, mais il était trop tard et tout le monde dormait déjà. 
La seconde à été un peu plus rock'n'roll. On est d'emblée retourner sous le chantier et cette fois ci tout le monde était bien réveillé. Cette fois-ci je portais la trousse de secours et j'ai de suite été solicité pour soigner des blessures diverses et variées. Donc me voilà assis par terre contre un muret, sur un trottoir d'à peine 50 cm de long, entouré de gamins et avec des bagnoles qui passent en trombe sur la route. Je pose le pied de mon premier patient sur ma jambe et j'inspecte l'estafilade qui orne sa voute plantaire. Certes ça ne saigne plus, mais c'est crado comme peut l'être le panard d'un gamin en tongue qui vit dehors. Alors je le nettoie comme je peux, et je lui fait un pansement en découpant l'unique compresse stérile de la pharmacie. Pendant ce temps lui il continue, comme tout les gamins qui m'entoure d'ailleurs, à sniffer sa colle, qui dans une bouteille, qui dans un sac plastique. Et puis je passe au suivant et encore au suivant dans une odeur de solvant et autre saloperie chimique. Si le rugby n'était qu'un sport, je peux vous assurer que les All Blacks serreraient tous les fesses devant l'équipe Philippines… Malheureusement ici c'est le nom de la colle ultra forte qu'utilisent tout les gamins pour se shooter. Bien sûr au fond de moi j'ai une vieille envie de leur coller une beigne pour qu'ils arrêtent de se pourrir comme ça. Mais ça ne servirait à rien, et puis qui suis-je pour les juger? Alors je continue en tachant de déconner et de discuter un peu avec eux. Mon dernier client me fait bien sourire en tout cas, un tout petit môme qui me présente une toute petite écorchure au bras, déjà cicatrisé ou presque, et je me dis que lui, c'est vraiment pour se faire chouchouter. Mais finalement c'est bien là que réside mon travail. Parce que faut pas rêver, demain les pansements seront déjà des souvenirs et les plaies seront redevenues crado. Mais pendant quelques instant au moins, ces mômes auront reçus un peu d'attention gratuites, sans jugement.

Quand on repart on croise un couple de jeunes qu'on a croisé en arrivant et qui se shootait ensemble, la fille est en pleurs à cause d'une querelle amoureuse avec son copain. Kuya Félix essaie d'arranger un peu la situation. Moi ça me réconforte dans un sens d'assister à une scène aussi "normale" au milieu d'un tel merdier. Parce que mine de rien, c'est là encore la marque que la vie malgré tout, prend toujours le dessus.

Nous voilà repartis, on à d'autres zones à voir. Dans un autre quartier on tombe sur un autre groupe, ceux là on l'air un peu en meilleur état. Félix parle longuement avec une minette qui parvient à être presque élégante lorsqu'elle respire dans son sac plastique. Il m'expliquera plus tard qu'elle à 15 ans et qu'elle se prostitue, qu'il essaie de la convaincre de venir dans la fondation afin d'étudier et d'avoir un véritable avenir, mais qu'elle ne veut pas car elle doit nourrir sa famille…

On repasse par Concepcion, mais pas de trace de notre Fritz Gerald. Enfin on termine par Cubao où on trouve des familles  qui vivent dans des cartons, sur le trottoir. Il y a là des nourissons, certains ont de la fièvre alors on donne du paracetamol aux mamans.

Voilà un premier aperçu des Big Nights…

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I
Bah alors camarade, tu va pas me faire croire que c'est pas aussi rock'n'roll dans ta jungle?<br /> Bon, c'est vrai qu'ici c'est parfois un peu Mad Max Attitude.<br /> Lundi, j'ai soigner (enfin j'ai essayer) le pied d'un type, j'avais jamais vu une blessure pareil, meme dans les films de cannibales... ca sentait bien la gangrene... M'enfin j'ai eu des news hier et je crois qu'il va mieux.<br /> Et puis a cote de ca hier j'etais super content, j'ai reparer le fer a repasser d'un centre.
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A
Qui osera mettre le premier commentaire... ? On se sent tout petit face à ce qu'on lit ici.
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