Mardi 16 décembre, à BanMai, il y eut un mariage. BanMai est un petit village de notre paroisse dans lequel j'accompagne le Father chaque lundi où il y célèbre la Messe du dimanche. Mardi, il y eut donc un mariage.
Un mariage comme personne n'en souhaiterait, moi le premier.
Nous arrivâmes vers neuf heures trente, alors que deux femmes passaient hâtivement un coup de balai dans l'église. Pas une fleur, pas un chat non plus. Tant mieux me direz-vous, les chats ce n’est pas terrible comme décoration. Peu à peu, deux trois personnes arrivent, et de fil en aiguille nous fûmes jusqu’à quatorze !
Je n'avais d'abord pas reconnu les futurs mariés. Lui descendit de son pick-up comme s'il revenait des champs. D’ailleurs, il devait en revenir. Un blue-jean usé retroussé sur les chevilles pour ne pas marcher dessus témoignait qu'il avait traîné dans la terre peu de temps avant. Il enfila à la hâte une veste hmong usée par le temps, pour se protéger de la fraîcheur de l'église de ce petit village, perché à 1700m d'altitude dans le parc de PhuHinRongKla.
Elle, au dernier mois de sa grossesse, était fagotée d'une robe rose défraîchie et d'une veste hmong pareillement.
Le Father leur fit répéter ce qu'ils auraient à dire. L'avaient-ils déjà lu ? Je ne puis l'assurer.
Entre-temps, Tii, le chauffeur du Father, avait descendu du pick-up deux prie-Dieu en bois, très classiques, simples et jolis. Ils furent recouverts d'un drap gris à grosses fleurs rouges-noires-blanches comme une blouse de campagne des années 1950. Mais de vraies fleurs, niet ! Et pas davantage de monde. Au fond dans la sacristie, le père confesse. Dans l'église un début de chapelet est laborieusement anoné.
Puis la cérémonie commença. Sans chant. D'abord, la future mariée demandait le baptême. Ne lisant pas le thaï et s'y exprimant avec grand peine, cela frôlait le pathétique, mais il y avait néanmoins quelque chose dans ses yeux, comme une étincelle, mais pas bien vive, je dois l'avouer.
Puis le mariage, guère plus vivant. Seuls Tii et le Father chantaient. Pavait montré montra à quel point il trouva cela ennuyant. La mariée communia pour la première fois, ne sachant comment s’y prendre. Le Father, consterné, Tii faisant de son mieux pour tenir le micro, moi stupéfait de ce qu’il se passait.
Finalement, je puis fredonner le chant de sortie qui était sur l’air du Cantique des Patrouilles, sauf le refrain spécialement composé pour la version thaï. Nous étions donc trois à animer tant bien que mal avec le meilleur de nous même.
Le Father offrit enfin aux jeunes mariés un cadre avec deux photos de peintures Du Christ montrant son Cœur Sacré et de la Vierge pareillement, un chapelet à madame, un polo offert par une entreprise quelconque à l’occasion des Jeux Olympiques de Pékin à monsieur.
La Messe terminée, le marié nous invité à déjeuner chez lui. Nous montâmes en voiture, dépassâmes la mariée à pieds, avec son gros ventre et sans son mari. Assis par terre, nous nous restaurâmes avec le marié et trois voisins d’un repas on ne peut plus ordinaire, quoique l’ordinaire est souvent mieux puis regagnâmes nos pénates.
__Epilogue__
Un mois plus tard… Le bébé se porte bien et j’ai enfin récupéré ma pellicule photo. Quel souvenir garderai-je de ce mariage plus triste en apparence qu’un enterrement (à un enterrement au moins, tout le monde se déplace) ? Est-ce que cela avait vraiment un sens de se marier à une semaine d’accoucher ?
J’en garderai le souvenir de deux visages rayonnant au moment de l’échange des consentements et de la remise des alliances. Dommage que je ne puisse partager avec vous les photos (je ne les ai pas en numérique), mais croyez-moi, il y a quelque chose de saisissant. Comme quoi l’essentiel est parfois au cœur des choses.
Ai-je pour autant envie de vivre les choses de cette manière ? Je ne sais quoi dire. En tout cas, sans le tissu moche à grosses fleurs, ça c’est certain !