Que faisais-je hier à MaeSot en pays karen ? Tous les trois mois je dois sortir de Thaïlande pour faire tamponner mon visa et avoir l’autorisation de rester 90 jours de plus, tout en restant dans la limite d’un an. Certains pourraient penser que cela me complique la vie en démarches administratives fastidieuses et inutiles. Rien de tout cela et bien au contraire, cela me permet de m’aérer un peu et de revenir saluer les Karens.
MaeSot est La ville frontière entre la Birmanie et la Thaïlande. Un poste-frontière de chaque côté du « Pont de l’amitié birmano-thaïlandaise », une rivière – le Rim Moei – entre les deux. Frontière symbolique et oh combien perméable, j’ai vu notamment aujourd’hui des gens la traverser en plein jour sur des chambres à air de camion mais n’ayant d’appareil photo numérique, il vous faudra attendre mon retour pour voir les photos.
Pas besoin de jouer à Bob Morane... dommage !
Mais laissez-moi vous raconter mon histoire d’hier. Je me présente donc à la frontière thaï, ils prennent le deuxième volet du formulaire rempli à mon arrivée il y a 3 mois puis me voici libre d’aller me balader pour la journée en Birmanie à Myawadi, la ville frontière sise de l’autre côté du Rim Moei. L’actualité des 12 derniers mois et l’idée que l’on se fait de la Birmanie me faisaient redouter une ville dans laquelle policiers et militaires seraient omniprésents et pas forcément très aimables. Le pont traversé, me voici au poste frontière birman.
On me fait doubler la file de locaux attendant leur tampon pour rentrer dans le poste lui-même. Accueil chaleureux, souriant, et en français par un douanier qui en parlait quelques mots. On me fait asseoir, on prend mon passeport en me demandant très gentiment en anglais ce pourquoi j’étais en Thaïlande. Je leur réponds donc que je suis volontaire catholique dans la province de Phitsanulok et que je m’occupe d’un foyer d’orphelins d’une part, que je donne des cours d’anglais d’autre part.
Le douanier me dit alors – oh surprise ! – qu’il est lui-même catholique. Est-ce donc cela la Birmanie où la junte militaire tape sur des moines en tunique safran ? Et lui de renchérir, voyant mon chapelet de bois d’olivier enroulé à mon poignet : « tu veux échanger ton chapelet avec moi ? ». Comment aurais-je pu hésiter un seul instant ? Et voici que nous échangeons nos chapelets le plus naturellement du monde dans le poste de douane de la frontière birmane. A ma demande, il me dit où se trouve l’église catholique de Myawadi. Au point où j’en étais de ma surprise, ce qui m’aurait surpris le matin même m’a alors paru absolument trivial. Puis avant de nous quitter en lui laissant mon passeport (non ce n’était pas un autre échange) contre un bon –c’est à dire un bout de papier griffonné – me permettant de le récupérer dans l’autre sens, je demande à un de ses collègues de nous prendre en photo tous les deux. Il me demande un instant, appelle une douanière qui vient s’ajouter au cliché. Elle est protestante baptiste. Moi qui était frustré en Russie de ne pouvoir prendre en photo le moindre policier en uniforme, au moins en Extrême-Orient, je peux me rattraper ! Me voici donc avec le cliché d’Henri – car c’est ainsi qu’il se prénomme – son chapelet, et la promesse réciproque de prier chaque jour une dizaine l’un pour l’autre et pour l’avenir de nos pays respectifs.
Frontière entre deux mondes
Parfois passer une frontière se fait sans que l’on voie de différence de part et d’autre. Ici, elle est flagrante. Alors que MaeSot est encombrée de pick-up et de motos 110cm3, je n’ai pas vu une seule voiture chez sa sœur birmane. A peine trois camions, quelques rares motos, des bicyclettes et des taxis qui ne sont que des charrettes ressemblant aux tricycles de glacier. Les gens n’ont ni la même couleur de peau, ni les mêmes habits. Une pauvreté flagrante qui jure avec le trafic de pierres semi-précieuses et saphirs de synthèse des rues de MaeSot.
Je commence donc ma promenade à la recherche de ladite église catholique. En m’égarant dans une voie qui tenait davantage du sentier que de la rue, j’aperçois dans une maison que j’ai d’abord prise pour un garage des hommes jouant sur un vieux billard anglais. Dehors, un taureau blanc avec une bosse sur le dos comme dans Tintin au Tibet broutant trois brins d’herbe séchée et une vieille femme faisant sa toilette sur le pas de sa porte. Je finis par arriver en vélo-taxi à la paroisse tant recherchée. Je suis accueilli dans une petite pièce par le catéchiste tandis que les enfants du jardin d’enfant s’égayaient derrière. Comme toujours, on me fait asseoir et m’apportant un verre d’eau en signe de bienvenue. Grâce à Dieu, je n’en n’ai jamais été malade, ce qui n’est pas le cas de tous les volontaires. A ma droite, un portrait de Benoit XVI, face à moi, une photographie couleur légendée de feu Monseigneur Alexandre Carnot (MEP) avec sa barbe inimitable de missionnaire. Décidément…
Si j'ai le temps et internet, j'essaye de vous conter dans un prochain article mon mois de novembre chez les traficants d'opium.
PS. Qui saura trouver d'où vient le titre de cet article... ?