Mercredi 17 septembre Le petit chat est mort Hier soir en rentrant de la fondation, j'ai aperçu un châton qui miaulait sur le terre plein central de Kalayan Avenue. Coincé au milieu d'un grand axe, je me suis dit que tôt ou tard ce pauvre petit paquet de poil mouillé allait être écrasé par un tricycle ou un jeepney. Alors pensant bien faire, je suis aller le chercher pour le poser sur le trottoir. En repartant, je me suis demandé tout de même si je n'avais pas fait là plus de mal que de bien.
Ce matin, je l'ai trouvé raide mort sur le trottoir, non loin de là où je l'avais laissé.
Je suis au service d'une fondation qui s'occupe d'enfants de la rue. Des enfants qui pour la plupart ont été abusés physiquement et moralement. Alors c'est sûr que je ne vais pas pleurer pour un petit chat. Cependant, il y a une réelle leçon à tirer de cela. C'est que lorsque l'on veut aider les autres, il faut savoir rester à sa place et ne pas en faire trop. Il y a une distance à trouver, ni trop près, ni trop loin, mais être là, tout simplement.
Dans notre appartement, il y a un bouquin de Tim Guénard qui traîne. Je ne suis pas absolument fan de son écriture, mais il dit néanmoins très justement:
On aide pas les personnes sur lesquelles la violence de la vie c'est acharnée. On ne peut que les accompagner. Prétendre les aider est une erreur. C'est les rabaisser, les rendre plus misérables encore. C'est leur dire, sans en avoir conscience: "Vous n'êtes plus capables de rien. Je vais agir à votre place." Et on leur retire le peu qu'elles ont. On en fait des assistées. On les prive de la force de vivre et de se tenir droit. Vendredi 19 septembre
It's a kind of Magic
Le monde doit savoir... Le monde doit savoir qu'il existe encore d'étranges contrées où les lois universelles semblent différentes des notres. Des régions où la magie est partout présente, et où à chaque coin de rue, des alchimistes ambulants vous proposent des filtres plus merveilleux les uns que les autres.
Il y a bien longtemps, dans notre pays aussi on croyait aux pouvoirs des anciens, à la magie, aux fées et aux vertues miraculeuses du… Tang!
Rappelles toi camarade, c'était l'époque où tu dansais le jerk sur de la musique folle, entrainé jusqu'au bout de la nuit par d'indicibles démons, et dans les boîtes de Tang, il y avait de véritables formules magiques que les sorciers auraient apprises de la bouche même des korrigans.
Mais cette époque et révolue et chez nous les gens ne voulaient plus y croire. Peu à peu, les korrigans se sont fait plus rares, jusqu'à disparaître totalement. Et un jour les alchimistes ont embarqués sur de tristes jonques en quête d'une terre d'éxil, une terre où l'on aurait encore foi dans leur magie, une terre où on trouverait encore des fées, des korrigans et de la poudre Tang.
Personne ne sait s'ils ont réussi à trouver un tel paradis, beaucoup pensent qu'ils se sont perdus en mer, mais moi j'ai ma petite idée sur la question…
Samedi 20 septembre Mount of Beatitudes… Le Mont des Beatitudes, c'est comme ça qu'on l'appelle à la fondation, mais si vous demandez dans la rue, on vous parlera plutôt de "Smokey Mountain", la Montagne Fumante…
C'est une des poubelles de Manille, dans le quartier portuaire de Navotas et en y arrivant on croise un cortège de camion benne venu y déposer leurs chargement. Vous vous souvenez du rat? Et bien c'est probablement là qu'il à fini par atterrir. Il y a pourtant des gens qui vivent ici, dans un bidonville qui semble construit à même les déchets, et qui recyclent ce qu'ils peuvent dans les ordures.
On est au bord de l'eau, c'est agréable, il fait frais. Sur le quai quelques charbonniers sont à l'ouvrages, eux ils gagnent quelques Pesos de plus que les Scavengers qui fouillent les poubelles, mais à quel prix.
Accompagné d'un gamin qui me tient par la main, je m'aventure sur la jetée constellée d'étrons, c'est manifestement là que tout le quartier vient se soulager, sur le béton où dans l'eau à 2 mètres plus bas. On y croise un groupe d'adolescent qui démontent un camescope pour y récupérer tout le métal, brûlant le reste à côté. L'eau est dégeulasse et charrie tout un tas d'ordures, mais on y aperçoit pourtant des poissons, que certains vont pêcher à l'aide d'embarcations de fortune faites d'un assemblage de polystyrène. Sur l'une d'elle un papa est accompagné de son môme, plus loin des enfants jouent dans l'eau en riant pendant qu'à quelques mètres d'eux une grue charge des ordures dans une barge qui, un peu plus tard, ira larguer tout ça au large.
Je dois être complètement givré, mais je ne peux m'empêcher de voir dans tout ça quelquechose de profondément beau. Bien sûr ici c'est le fond de la misère et ici la vie ne semble pas avoir grande valeure. Et pourtant il y a des rires, il y a des jeux. Et je ne peux m'empêcher d'être admiratif devant cette vie qui envers et contre tout s'acharne à continuer et à sourire.
Voili voilou, et pour répondre à ceux qui se sont fait des nœuds au cerveau pour trouver le contenu de la flasque et bien c'était tout simplement… du miel.