Anolix

Mercredi 18 mars 2009
Un tour du monde, c'est aujourd'hui presqu'à la portée de tout le monde. Un projet souvent bidon mais pas trop mal ficelé, quelques sponsors, et voilà c'est parti.
Voyage initiatique à la rencontre de l'autre... formule qui me donne de l'urticaire. Pseudo intellectualisme pédant pour justifier un "passage obligé" d'une jeunesse gâtée en manque de sensations. Certains "font Compostelle" parcequ'il faut le faire. Ou Jérusalem à la manière des Cortès pour leur lune de miel.
Un blog ou un site internet donne des nouvelles plus ou moins fraîches. Passage obligé pour vivre avec son temps.
Parfois il en résulte un bon bouquin, des jolies photos à la portée de n'importe qui grâce à la photo numérique. Parfois.
Et ensuite ? La vie reprend son cours, on a une histoire à raconter, "on l'a fait !"


Ce week-end à Bangkok, ça grouillait de volontaires MEP venus d'un peu partout pour renouveler leur visa et changer d'air. Chacun partageait et écoutait. Ses joies, difficultés, frustrations, coups de gueule, sourires, incompréhensions, grâces reçues. Cela permet à chacun de relativiser, de prendre du recul, d'éprouver et renforcer la solidarité qui nous lie entre volontaires. Retrouvailles de "promo" de la semaine de formation rue du Bac, échanges de nouvelles des amis communs aux Phillipines, Cambodge, Vietnam...
On parle de Louis-Marie qui va rendre visite à la plupart d'entre nous et se fait lien physique entre nos différentes missions. Certains ont des blogs, on va jeter un oeil. C'est pas bien prétentieux, souvent mal conçu, un peu à la hâte.
Et à la limite, on s'en moque. Pour le coup, on est presque dans l'excès inverse. Ce qu'on vit est difficilement communicable. C'est la routine, l'inculturation avec ses charmes et ses heurts, la beauté des paysages et de la gratuité des échanges.
Saura t-on le narrer à notre retour ? En aura t-on envie ? Entre volontaires, tout est si simple. Quelques mots, une simple évocation et tout le monde comprend les odeurs, la moiteur du climat, la beauté des vieilles femmes édentées que même les meilleures photos ne sauraient reproduire. Entre volontaires, on échange de manière dépouillée des bribes de vie, sans pudeur car l'Asie nous met tous l'âme à nu.


Et puis il y en a encore d'autres des voyageurs... Et il y en a d'impressionants. Un site graphiquement mal ficelé, des instruments qui donnent de l'or, des voix à travailler qui peuvent devenir des pierres précieuses, un dynamisme et une joie de vivre ultra contagieux au temps d'incubation de l'ordre du dixième de seconde.
Un tour du monde en fanfare. Dix gars de Centrale Lille dans le bidonville de Klong Toei chez les Point Coeur, ou deux jours après à l'orphelinat protestant de Pakkred. Après 4 mois en Amérique du Sud, désormais en Asie depuis 2 semaines, les voici à la moitié de leur voyage. Déjantés, capables de jouer avec un, deux, trois enfants sur le dos, dansant, riant au sons venus des Andes comme des Balkans, ils enrichissent leur répertoire et leur public au fil de leur pérégrination.
Jouer pour les enfants est leur leitmotiv, mais heureusement, ils ne sont pas sectaires. Des anciens scouts, des musiciens chevronnés et d'autres plus fraîchement enrôlés, des bons vivants, voilà, c'est GlobeNote !


Mais dans l'histoire, je n'ai toujours pas répondu au titre de mon article... Sad but free.
Ma mission se termine plus tôt que prévu et je ne sais toujours pas quoi en penser. Triste un peu, déçu qu'une mission en or se termine en queue de poisson. Et en même temps libéré de ce dilemne constant vécu sur mon lieu de mission, rester pour les enfants ou partir pour les enfants ? Problème de personnes avec mon partenaire local, j'ai mis le hola quand l'entourage s'est retrouvé instrumentalisé dans une histoire qui ne les concernait pas.
Je suis loin d'être parfait, mais j'ai fait de mon mieux, ai prié comme jamais, et ai la conscience tranquille.
Si je ne devais retenir qu'une leçon de cette fin tumultueuse, c'est que la peur physique de son interlocuteur ferme le dialogue et conduit à l'impasse. Le corrollaire, c'est que je dois faire attention à ne plus casser de manches de hache ou de pioche et que je dois également apprendre à sourire davantage. (Maman, ne dis rien, je sais très bien ce que tu en penses !)
Par Anolis sur le départ, bien malgré lui
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Lundi 16 février 2009
A l'horizon, les phares des chalutiers - ultime guirlande lumineuse en l'honneur de l'aurore, couronne mortuaire de la nuit qui s'éteint.

6h30, un ciel pastel - lavis du cadre horizontal de la mer dont les flots terminent de se reposer pour mieux briller de tous leurs feux lorsque le soleil daignera les iriser.
A main droite, un bonze en orange DDE déambule d'un pas de sénateur plein Sud tandis que Soeur Régine des Points-Coeur l'imite dans la direction opposée. Des jeunes thaïs jouent de la guitare, plaisantent, une jeune fille se baigne tout habillée. Marie descend à son tour, chapelet en main. Un homme d'une cinquantaine d'années trotine en chaussettes à la lisière des vagues.
Une sorte de jonque à poteur passe, ce sont des touristes thaî venus déenser leurs bahts sur la Côte d'Azur du Siam, résidence ordinaire de Sa Majesté.

6h45, Frère Soleil apparaît, non des flots mais d'une brume laiteuse. Son rose-orange vif illumine désormais totalement le golfe du Siam.

Par pudeur matinale, la mer d'huile s'est parée d'une trainée d'or fin.


Par Anolis en retour d'une retraite entre volontaires chez les Ursulines à HuaHin
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 10 février 2009
La pièce fait 2m50 par 2m50. Un lit, une table, une chaise en plastique et du fouillis dans un coin.
Un ordinateur portable, un disque dur grosse capacité, une caméra professionelle, un casque et un microphone.
Louis-Marie travaille.

Hier, il a pris une heure trente de vidéo, dont deux interview. Une fois la capture informatique terminée, il les lui a fallu transcrire, l’une en français, l’autre en anglais dans le texte, délivrée par une jeune institutrice, cheftaine pour l’occasion. Armé de patience, de sa souris et de passion pour son métier, installé comme il le peut dans cet espace exigu, il déplace, visionne, écoute, enregistre, copie, colle, cogite.
Les yeux rivés sur son écran comme hier sur la caméra, Louis-Marie s’escrime à obtenir une traduction audiovisuellement correcte de l’interview que la jeune et enthousiaste cheftaine a eu la gentillesse de confier à la vidéo.

Concision, précision et esthétique pour délivrer un message authentique et ciblé afin de mettre l’eau à la bouche de futurs volontaires potentiels ; voilà le cahier des charges qu’il s’est imposé.

Un an, seize pays, une centaine de volontaires et une cinquantaine de Pères des Missions Etrangères de Paris, voilà ce qui l’attend.
Seul – il ne sait pas travailler autrement – Louis-Marie trace sa route et sait où il veut aller. Vers le Christ assurément. Comment ? En mettant ses talents à Son service tout simplement !

La suite ici...


Les fils du Tigre

Mais qu'est donc venu faire Louis-Marie à HuaiNamSai ?

Un mini reportage sur un bout de ma mission dont voilà le résultat.
Coup de chance pour lui, il est arrivé pile pour le camp scout. Ici, "boy-scout" se dit  louk-sua qui signifie "enfant du tigre".

Je n'en dit pas plus, le travail de Louis-Marie le fait bien :


Pour les questions... laissez vos commentaires !
Par Anolisa qui remercie chaleureusement son compagnon de 2 jours
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Recommander
Vendredi 30 janvier 2009
Puisque mon camarade Isatix semble trop occupé à chasser le sanglier des bidonvilles et à boire de la cervoise frelatée, je m'applique à tenter de combler un peu le vide qu'il nous impose par mon blabla que je n'ai plus la chance de pouvoir coucher sur le papier.

Qu'est-ce qui m'anime en ce moment ?
Ce qui me tient animé c'est mes plats tri-quotidiens de riz et la Messe quand le Father est là.
Ce qui anime mon esprit c'est ces clichés que je tente de partager par les mots a défaut de pouvoir le faire en photos.

J'aime voir le soir, sur la piste de terre rouge, les picks-up chargés d'ouvriers agricoles cagoulés pour se protéger du soleil et de sacs de gingembre, soulever derrière eux une traîne de poussière, noble apanage du jour en déclin, voile pudique jeté sur une harrassante journée de labeur.

J'aime voir le matin les villageois partir gagner leur riz - à défaut de gagne-pain - en moto à trente à l'heure, une main derrière le dos et courbés sur leur engin, pour se protéger au mieux de la fraicheur éphémère de la saison dite froide.
Par Anolis, ca se dit Kingkah en thaï !
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Vendredi 30 janvier 2009
Cinq semaines plus tard, il y eût un baptême lors de la Messe dominicale du lundi à BanMai.
La maman fagotée d'une sorte de pantalon de pyjama changa son nouveau-né pendant le sermon. La relève est assurée à la paroisse !
Puisque'il s'agit de la Messe dominicale, l'assemblée fut plus nombreuse d'au moins trois personnes.

Depuis leur mariage, les jeunes époux communient hebdomadairement et le baptême de leur garçon est un beau signe de leur engagement. Une communauté paroissiale d'une vingtaine de personnes dont une bonne moitié de catécumènes qui tient dans la fidélité du baptême ; chapeau !
Par Anolis
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 20 janvier 2009

Mardi 16 décembre, à BanMai, il y eut un mariage. BanMai est un petit village de notre paroisse dans lequel j'accompagne le Father chaque lundi où il y célèbre la Messe du dimanche. Mardi, il y eut donc un mariage.

Un mariage comme personne n'en souhaiterait, moi le premier.
Nous arrivâmes vers neuf heures trente, alors que deux femmes passaient hâtivement un coup de balai dans l'église. Pas une fleur, pas un chat non plus. Tant mieux me direz-vous, les chats ce n’est pas terrible comme décoration. Peu à peu, deux trois personnes arrivent, et de fil en aiguille nous fûmes jusqu’à quatorze !
Je n'avais d'abord pas reconnu les futurs mariés. Lui descendit de son pick-up comme s'il revenait des champs. D’ailleurs, il devait en revenir. Un blue-jean usé retroussé sur les chevilles pour ne pas marcher dessus témoignait qu'il avait traîné dans la terre peu de temps avant. Il enfila à la hâte une veste hmong usée par le temps, pour se protéger de la fraîcheur de l'église de ce petit village, perché à 1700m d'altitude dans le parc de PhuHinRongKla.
Elle, au dernier mois de sa grossesse, était fagotée d'une robe rose défraîchie et d'une veste hmong pareillement.
Le Father leur fit répéter ce qu'ils auraient à dire. L'avaient-ils déjà lu ? Je ne puis l'assurer.

Entre-temps, Tii, le chauffeur du Father, avait descendu du pick-up deux prie-Dieu en bois, très classiques, simples et jolis. Ils furent recouverts d'un drap gris à grosses fleurs rouges-noires-blanches comme une blouse de campagne des années 1950. Mais de vraies fleurs, niet ! Et pas davantage de monde. Au fond dans la sacristie, le père confesse. Dans l'église un début de chapelet est laborieusement anoné.

Puis la cérémonie commença. Sans chant. D'abord, la future mariée demandait le baptême. Ne lisant pas le thaï et s'y exprimant avec grand peine, cela frôlait le pathétique, mais il y avait néanmoins quelque chose dans ses yeux, comme une étincelle, mais pas bien vive, je dois l'avouer.
Puis le mariage, guère plus vivant. Seuls Tii et le Father chantaient. Pavait montré montra à quel point il trouva cela ennuyant. La mariée communia pour la première fois, ne sachant comment s’y prendre. Le Father, consterné, Tii faisant de son mieux pour tenir le micro, moi stupéfait de ce qu’il se passait.

Finalement, je puis fredonner le chant de sortie qui était sur l’air du Cantique des Patrouilles, sauf le refrain spécialement composé pour la version thaï. Nous étions donc trois à animer tant bien que mal avec le meilleur de nous même.

Le Father offrit enfin aux jeunes mariés un cadre avec deux photos de peintures Du Christ montrant son Cœur Sacré et de la Vierge pareillement, un chapelet à madame, un polo offert par une entreprise quelconque à l’occasion des Jeux Olympiques de Pékin à monsieur.

 

La Messe terminée, le marié nous invité à déjeuner chez lui. Nous montâmes en voiture, dépassâmes la mariée à pieds, avec son gros ventre et sans son mari. Assis par terre, nous nous restaurâmes avec le marié et trois voisins d’un repas on ne peut plus ordinaire, quoique l’ordinaire est souvent mieux puis regagnâmes nos pénates.

 

__Epilogue__

Un mois plus tard… Le bébé se porte bien et j’ai enfin récupéré ma pellicule photo. Quel souvenir garderai-je de ce mariage plus triste en apparence qu’un enterrement (à un enterrement au moins, tout le monde se déplace) ? Est-ce que cela avait vraiment un sens de se marier à une semaine d’accoucher ?

J’en garderai le souvenir de deux visages rayonnant au moment de l’échange des consentements et de la remise des alliances. Dommage que je ne puisse partager avec vous les photos (je ne les ai pas en numérique), mais croyez-moi, il y a quelque chose de saisissant. Comme quoi l’essentiel est parfois au cœur des choses.

 

Ai-je pour autant envie de vivre les choses de cette manière ? Je ne sais quoi dire. En tout cas, sans le tissu moche à grosses fleurs, ça c’est certain !

Par Anolisatis
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Vendredi 12 décembre 2008
Vous pouvez désormais m'écrire directement sans que je doive allez percevoir mon courrier je ne sais quand je ne sais où à l'adresse suivante :

F       J   
c/o Father Oudomsak
Catholic church HuaiNamSai
T. NiemPhiem
O. NakhonThai
Phisanulok 65120
 
C'est la 4ème en 3mois, mais voila, cette fois-ci c'est la dernière, jusqu'en août 2009 !
Notez-là dès à présent, ça m'évitera de courir pendant des mois après mes lettres arrivées aux différentes adresses !
Par Anolis qui en a marre de ne pas savoir où est son courrier !
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 3 décembre 2008

Bon, c’est bien beau tout ça, mais je n’ai guère parlé de mon dernier mois et de ma nouvelle affectation chez les Hmongs. Nouvelle mission, nouveau cadre, beaucoup de travail, ça me plait bien.

 

Conformément à mes rêves secrets les plus fous me voici dans un foyer entouré de champs d’opium et dont le gardien est armé d’une carabine à plombs à air comprimé que l’on arme à la pompe à vélo.

Le lundi je ne vais pas à l’école car nous allons avec le Père O. dire la Messe (enfin lui, pas moi…) dans un village du « political and military training camp » - camp d’entraînement politique et militaire des rebelles communistes thaï, aidés par les Hmongs - situé à une dizaine de kilomètres de chez nous.

Les autres jours de la semaine, je vais enseigner l’anglais 4 heures par semaine et arracher des pages d’écriture mal faites à des pauvres CP qui apprennent à lire et écrire le thaï la même année. Et pas seulement aux CP d’ailleurs puisque j’ai jusqu’à la 6ème. Même tarif pour tout le monde, non mais oh !

 

Quand ils n’ont pas cours pour une raison ou pour une autre, ou bien sans raison comme ça arrive souvent ici, je leur apprend le rugby (pas celui d'Isatis hein !) sur notre terrain de jeu qui est en terre rouge craquelée par le soleil ou bien ils vont cueillir des fleurs à 12m de haut dans des arbres au tronc lisse.

_____________________________________________________________


Qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui ne l’est pas… pas si facile à distinguer !

 

Poison de rêve …

Les champs d’opium on ne les voit pas mais il y en a bien et d’ailleurs une des filles de notre foyer a son père en prison pour trafic et une paroisse du secteur a perdu progressivement ses 5 catéchistes il y a une dizaine d’années pour trafic. A croire que leur métier plus leur (bonne) indemnité de catéchiste ne leur suffisait pas. C’est une culture traditionnelle du peuple Hmong, en partie lié à la religion animiste et à la chamanerie, mais le commerce et les affaires sont aussi une religion qui leur est chère. Cela n’a donc rien d’un phénomène récent et est alors d’autant plus difficile à éradiquer.

Le garde, pas non plus mais en revanche la carabine à plombs qu’on recharge à la pompe à vélo est un objet courant bien utile pour chasser et une bonne alternative au lance pierre.

 

Le reste, c’est la vérité et seulement la vérité. Peut-être ai-je omis de préciser que le camp est devenu un parc naturel national depuis que son autre faune y a arrêté ses activités. Pour les arbres, je n’ai pas dépassé les 4m, j’ai honte et me dit que j’ai encore du boulot pour mériter mon totem d’Anolis…

 

Les 12 enfants du centre - dont moitié d’orphelins - sont extras. Il y a aussi le Père Odomsak (sino-thaï), Tii le chauffeur-homme à tout faire et Pim sa fiancée (mariage en décembre, ils sont tous deux montagnards de la tribu Akha) et enfin Namo la cuisinière qui est une veuve Hmong baptisée il y a trois ans et dont on ne sait pas trop l’âge. On espère qu’une sœur va venir nous rejoindre mais on ne sait ni qui ni quand. Comme tout ici ça va se faire du jour au lendemain.

 

Au foyer, je suis prof d’anglais, de flûte à bec, surveillant et grand frère à plein temps quand je ne suis pas aussi chauffeur ou aide de Mister Tii pour gagner du temps au marché.

 

Et la politique dans tout ça...

Une fois n'est pas coutume, la presse française livre deux très bon articles sur la situation actuelle en Thaïlande :

Les chemises jaunes (non pas les Scouts de France)

Les rouges et la démission du gouvernement

En tout cas pas de souci on ne risque absolument rien !

Par Anolis reporter de guerre
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 2 décembre 2008

Que faisais-je hier à MaeSot en pays karen ? Tous les trois mois je dois sortir de Thaïlande pour faire tamponner mon visa et avoir l’autorisation de rester 90 jours de plus, tout en restant dans la limite d’un an. Certains pourraient penser que cela me complique la vie en démarches administratives fastidieuses et inutiles. Rien de tout cela et bien au contraire, cela me permet de m’aérer un peu et de revenir saluer les Karens.
MaeSot est La ville frontière entre la Birmanie et la Thaïlande. Un poste-frontière de chaque côté du « Pont de l’amitié birmano-thaïlandaise », une rivière – le Rim Moei – entre les deux. Frontière symbolique et oh combien perméable, j’ai vu notamment aujourd’hui des gens la traverser en plein jour sur des chambres à air de camion mais n’ayant d’appareil photo numérique, il vous faudra attendre mon retour pour voir les photos.


Pas besoin de jouer à Bob Morane... dommage !

Mais laissez-moi vous raconter mon histoire d’hier. Je me présente donc à la frontière thaï, ils prennent le deuxième volet du formulaire rempli à mon arrivée il y a 3 mois puis me voici libre d’aller me balader pour la journée en Birmanie à Myawadi, la ville frontière sise de l’autre côté du Rim Moei. L’actualité des 12 derniers mois et l’idée que l’on se fait de la Birmanie me faisaient redouter une ville dans laquelle policiers et militaires seraient omniprésents et pas forcément très aimables. Le pont traversé, me voici au poste frontière birman.

On me fait doubler la file de locaux attendant leur tampon pour rentrer dans le poste lui-même. Accueil chaleureux, souriant, et en français par un douanier qui en parlait quelques mots. On me fait asseoir, on prend mon passeport en me demandant très gentiment en anglais ce pourquoi j’étais en Thaïlande. Je leur réponds donc que je suis volontaire catholique dans la province de Phitsanulok et que je m’occupe d’un foyer d’orphelins d’une part, que je donne des cours d’anglais d’autre part.

Le douanier me dit alors – oh surprise ! – qu’il est lui-même catholique. Est-ce donc cela la Birmanie où la junte militaire tape sur des moines en tunique safran ? Et lui de renchérir, voyant mon chapelet de bois d’olivier enroulé à mon poignet : « tu veux échanger ton chapelet avec moi ? ». Comment aurais-je pu hésiter un seul instant ? Et voici que nous échangeons nos chapelets le plus naturellement du monde dans le poste de douane de la frontière birmane. A ma demande, il me dit où se trouve l’église catholique de Myawadi. Au point où j’en étais de ma surprise, ce qui m’aurait surpris le matin même m’a alors paru absolument trivial. Puis avant de nous quitter en lui laissant mon passeport (non ce n’était pas un autre échange) contre un bon –c’est à dire un bout de papier griffonné – me permettant de le récupérer dans l’autre sens, je demande à un de ses collègues de nous prendre en photo tous les deux. Il me demande un instant, appelle une douanière qui vient s’ajouter au cliché. Elle est protestante baptiste. Moi qui était frustré en Russie de ne pouvoir prendre en photo le moindre policier en uniforme, au moins en Extrême-Orient, je peux me rattraper ! Me voici donc avec le cliché d’Henri – car c’est ainsi qu’il se prénomme – son chapelet, et la promesse réciproque de prier chaque jour une dizaine l’un pour l’autre et pour l’avenir de nos pays respectifs.


Frontière entre deux mondes

Parfois passer une frontière se fait sans que l’on voie de différence de part et d’autre. Ici, elle est flagrante. Alors que MaeSot est encombrée de pick-up et de motos 110cm3, je n’ai pas vu une seule voiture chez sa sœur birmane. A peine trois camions, quelques rares motos, des bicyclettes et des taxis qui ne sont que des charrettes ressemblant aux tricycles de glacier. Les gens n’ont ni la même couleur de peau, ni les mêmes habits. Une pauvreté flagrante qui jure avec le trafic de pierres semi-précieuses et saphirs de synthèse des rues de MaeSot.

Je commence donc ma promenade à la recherche de ladite église catholique. En m’égarant dans une voie qui tenait davantage du sentier que de la rue, j’aperçois dans une maison que j’ai d’abord prise pour un garage des hommes jouant sur un vieux billard anglais. Dehors, un taureau blanc avec une bosse sur le dos comme dans Tintin au Tibet broutant trois brins d’herbe séchée et une vieille femme faisant sa toilette sur le pas de sa porte. Je finis par arriver en vélo-taxi à la paroisse tant recherchée. Je suis accueilli dans une petite pièce par le catéchiste tandis que les enfants du jardin d’enfant s’égayaient derrière. Comme toujours, on me fait asseoir et m’apportant un verre d’eau en signe de bienvenue. Grâce à Dieu, je n’en n’ai jamais été malade, ce qui n’est pas le cas de tous les volontaires. A ma droite, un portrait de Benoit XVI, face à moi, une photographie couleur légendée de feu Monseigneur Alexandre Carnot (MEP) avec sa barbe inimitable de missionnaire. Décidément…


Si j'ai le temps et internet, j'essaye de vous conter dans un prochain article mon mois de novembre chez les traficants d'opium.


PS. Qui saura trouver d'où vient le titre de cet article... ?

Par Anolis qui prend un peu l'air
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Samedi 8 novembre 2008
Je suis aujourd'hui a MaeSot et je profite de l'ordinateur de Cyrille et de la connexion internet de l'école catho de Patarawitaya School pour écrire ces quelques lignes.

Je suis bien arrivé il y a une semaine au village de HueManSai. C'est un nouveau centre d'aide a la scolarisation des enfants des montagnes tenu par un Père sino-thaï de 60 ans. On est en plein dans les travaux ce qui fait qu'en plus des cours d'anglais au centre et surveillance de l'étude, je suis deux bras de plus pour aider au quotidien : accompagner Tii, le chauffeur et véritable homme à tout faire, au marché, conduire le Père quand mister Tii est occupé à surveiller les travaux, l'accompagner quand il va dire la Messe dans des villages un peu plus loin...

Bref, pas vraiment le temps de s'ennuyer. Prochainement je vais peut-être commencer à donner quelques cours d'anglais à l'école du village ainsi qu'à quelques jeunes lycéens qui ont demandé au Père.

Le cadre est assez chouette et les Hmongs sympas. Rien à voir avec la chaleur de l'accueil Karen, c'est une culture très différente.

Voila pour ces quelques brèves. Je n'ai plus internet sinon une à deux fois par mois donc écrivez-moi ! Le courrier n'arrive pas non plus au centre car on n'a pas d'adresse mais je devrais être en mesure d'aller le chercher une fois tous les 8-10jours environ.
Par Anolis, retour à l'état "loin de toute civilisation"
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus