Un tour du monde, c'est aujourd'hui presqu'à la portée de tout le monde. Un projet souvent bidon mais pas trop mal ficelé, quelques sponsors, et voilà c'est parti.
Voyage initiatique à la rencontre de l'autre... formule qui me donne de l'urticaire. Pseudo intellectualisme pédant pour justifier un "passage
obligé" d'une jeunesse gâtée en manque de sensations. Certains "font Compostelle" parcequ'il faut le faire. Ou Jérusalem à la manière des Cortès pour leur lune de miel.
Un blog ou un site internet donne des nouvelles plus ou moins fraîches. Passage obligé pour vivre avec son temps.
Parfois il en résulte un bon bouquin, des jolies photos à la portée de n'importe qui grâce à la photo numérique. Parfois.
Et ensuite ? La vie reprend son cours, on a une histoire à raconter, "on l'a fait !"
Ce week-end
à Bangkok, ça grouillait de volontaires MEP venus d'un peu partout pour renouveler leur visa et changer d'air. Chacun partageait et
écoutait. Ses joies, difficultés, frustrations, coups de gueule, sourires, incompréhensions, grâces reçues. Cela permet à chacun de relativiser, de prendre du recul, d'éprouver et renforcer la
solidarité qui nous lie entre volontaires. Retrouvailles de "promo" de la semaine de formation rue du Bac, échanges de nouvelles des amis communs aux Phillipines, Cambodge, Vietnam...
On parle de Louis-Marie qui va rendre visite à la plupart d'entre nous et se fait lien physique entre nos différentes missions. Certains ont des blogs, on va jeter un oeil. C'est pas bien
prétentieux, souvent mal conçu, un peu à la hâte.
Et à la limite, on s'en moque. Pour le coup, on est presque dans l'excès inverse. Ce qu'on vit est difficilement communicable. C'est la routine, l'inculturation avec ses charmes et ses heurts, la
beauté des paysages et de la gratuité des échanges.
Saura t-on le narrer à notre retour ? En aura t-on envie ? Entre volontaires, tout est si simple. Quelques mots, une simple évocation et tout le monde comprend les odeurs, la moiteur du climat, la
beauté des vieilles femmes édentées que même les meilleures photos ne sauraient reproduire. Entre volontaires, on échange de manière dépouillée des bribes de vie, sans pudeur car l'Asie nous met
tous l'âme à nu.
Et puis il y en a encore d'autres des voyageurs... Et il y en a d'impressionants. Un site graphiquement mal ficelé, des instruments qui donnent de l'or, des voix à travailler qui peuvent devenir
des pierres précieuses, un dynamisme et une joie de vivre ultra contagieux au temps d'incubation de l'ordre du dixième de seconde.
Un tour du monde en fanfare. Dix gars de Centrale Lille dans le bidonville de Klong Toei chez les
Point Coeur, ou deux jours après à
l'orphelinat protestant de Pakkred. Après 4 mois en Amérique du Sud, désormais en Asie depuis 2 semaines, les voici à la moitié de leur voyage. Déjantés, capables de jouer avec un, deux, trois
enfants sur le dos, dansant, riant au sons venus des Andes comme des Balkans, ils enrichissent leur répertoire et leur public au fil de leur pérégrination.
Jouer pour les enfants est leur leitmotiv, mais heureusement, ils ne sont pas sectaires. Des anciens scouts, des musiciens chevronnés et d'autres plus fraîchement enrôlés, des bons vivants, voilà,
c'est
GlobeNote !
Mais dans l'histoire, je n'ai toujours pas répondu au titre de mon article... Sad but free.
Ma mission se termine plus tôt que prévu et je ne sais toujours pas quoi en penser. Triste un peu, déçu qu'une mission en or se termine en queue de poisson. Et en même temps libéré de ce dilemne
constant vécu sur mon lieu de mission, rester pour les enfants ou partir pour les enfants ? Problème de personnes avec mon partenaire local, j'ai mis le hola quand l'entourage s'est retrouvé
instrumentalisé dans une histoire qui ne les concernait pas.
Je suis loin d'être parfait, mais j'ai fait de mon mieux, ai prié comme jamais, et ai la conscience tranquille.
Si je ne devais retenir qu'une leçon de cette fin tumultueuse, c'est que la peur physique de son interlocuteur ferme le dialogue et conduit à l'impasse. Le corrollaire, c'est que je dois faire
attention à ne plus casser de manches de hache ou de pioche et que je dois également apprendre à sourire davantage. (Maman, ne dis rien, je sais très bien ce que tu en penses !)
D'autres défis t'attendent, mes prières et mes pensées t'accompagnent.
Marie-Noelle ( mafalda) , qui a jamais posté mais toujours lu ...