Il n'y a pas de raison que seul les abonnés à Feu de Camp profitent de ma littérature, donc voici en exclusivité mondiale le dernier article pour les ENF. Personnellement je trouve qu'il lui manque
un petit quelque chose pour être satisfaisant, mais bon comme j'ai une deadline a tenir...
Simple
Litteralement accroché au bord de la baie de Manille, dans le quartier portuaire de Navotas, le bidonville de Sipac est un lieu suréaliste. Vaste ensemble planté sur pilotis on y pénètre par
d'étroites ruelles serpentant entre les barraques de bois et de taule. Rapidement le sol de béton laisse la place à des passerelles hétéroclites de bambou et de bois de récupération, on y progresse
avec précaution, en essayant de ne pas penser à une éventuelle chute dans cette mer sale et polluée que l'on aperçoit en bas.
Arrivé au bout, le paysage s'ouvre sur l'horizon, des embarcations diverses passent au loin, l'air est frais et il fait beau, on est loin de la pollution de la métropole, tout est plus calme
ici.
Bien sûr les gens m'observent avec attention car je n'appartiens pas à ces lieux, mais il n'y a pas cette espèce de curiosité agressive envers l'étranger que l'on ressent si souvent à Manille.
Peut-être est-ce cette intimité permanente avec l'océan qui apaise cet endroit et ceux qui y vivent.
J'arrive devant le seuil d'une cabane, par terre un jeune garçon manifestement handicapé mental se tortille au sol, le regard dans le vague, pendant que son père lui mets patiemment du riz dans la
bouche grande ouverte. Vision dérangeante… qui interroge. Comment ne pas avoir l'impression de contempler un petit animal, un petit oisillon qui ouvre aveuglément le bec en attendant qu'on le
nourisse. Et pourtant, l'humanité entière ce résume dans cette scène. Une humanité non pas réduite mais dépouillée jusqu'à sa plus simple expression qui est celle de l'amour donné et reçu.
Simple d'esprit, une expression tellement juste et belle, mais que nous utilisons tellement mal… A chaque fois que je passe le seuil d'un des deux centres de la Fondation qui leur est dédié, je
reçois le plus beau des accueil. Comme celui de cette trisomique, rayonnante dans son uniforme d'écolière, qui quitte sa classe pour, sans rien dire, venir se presser contre moi.
Oui, elle est simple cette jeune fille, il n'y a en elle ni mesquinerie, ni orgueil, ni envie. Elle ne connaît pas le mal, et son amour, son affection elle le donne gratuitement et sans aucune
espèce d'arrière pensée. Il paraît que la vérité rends libre et assurément ils le sont, car libéré de tout mensonge. Nombreux sont ceux qui, toute leur vie durant, ont chercher à atteindre un tel
dépouillement. Mais qui peut prétendre sans rougir avoir fait autre chose que l'efleurer.
Isatis
Manille, le 15 Février 2009